El día de muertos, tout le Mexique concentré en une fête

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Différences

IMGP2410Dans l’Europe catholique, le 1er autrement dit, et le lendemain, c’est la commémoration des fidèles défunts… Drôle d’expression, je ne peux m’empêcher de penser qu’une chose est sûre, en effet ils sont fidèles, fidèlement défunts et ça on peut compter dessus, sauf pour les vampires et autres zombies bien sûr (toutes mes excuses pour le blasphème). Chez nous donc, c’est le moment de donner une messe pour nos défunts, de se recueillir et si on est vraiment fantaisiste, on apporte des fleurs au cimetière. C’est novembre, il fait froid, il pleut souvent, il fait nuit à 18 heures, bref on est triste et déprimé, et mis à part le jour férié qui cette année a eu la bonne idée de tomber un vendredi, personne n’aime vraiment la Toussaint.

 

IMGP2977Et de l’autre côté de l’Atlantique ? Halloween me direz-vous ! Mais non, que les gringos gardent leurs citrouilles, de l’autre côté de la frontière (du bon) on a mieux ! El dia de muertos, le jour des morts que l’on célèbre entre le 31 octobre et le 2 novembre. Il s’agit, comme un grand nombre de choses au Mexique, du mélange entre la tradition catholique espagnole et la tradition des peuples préhispaniques. Aujourd’hui, cette fête traditionnelle mexicaine est profondément ancrée dans la culture du pays. En effet, depuis le début du mois d’octobre impossible de passer à côté des décorations, des étals de crânes et autres alféñiques en sucre sur les marchés et dans les supermarchés, des diverses affiches publicitaires de saison… bref, c’est la fête au squelette et en plus ça rime. La Catrina (de catrin, sorte de dandy) figure de l’art populaire mexicain créée par Posada pour représenter la vanité des conventions sociales, est partout.

 

IMGP2981A cette occasion, tout comme nous, les Mexicains rendent hommage à leurs défunts, à la différence que de ce côté de l’océan, l’occasion est beaucoup moins sinistre et c’est le moins qu’on puisse dire. D’abord la saison, la fête des morts tombe à la fin de la saison des pluies, le climat est donc généralement plutôt clément. Ensuite, les célébrations. Si la messe est de mise (magnifique double allitération, je suis en grande forme aujourd’hui), comme à de nombreuses occasions au Mexique, le plus surprenant pour nous est ce qui se passe ensuite. La nuit du 31 octobre, les Mexicains se rendent dans les cimetières pour retrouver leurs défunts qui reviennent à cette occasion. On apporte les plats préférés de ses êtres chers, des gerbes de fleurs magnifiques, des bougies allumées constellent les cimetières, on mange, on chante, on rit, on se recueille, et ce n’est jamais déplacé, jamais sinistre. On prend plaisir à retrouver ses êtres chers.

 

IMGP3001Pendant tout le mois, la plupart d’entre eux aura dressé un autel à la mémoire de ses défunts. Il y a traditionnellement une photo, des bougies, des images pieuses et surtout des offrandes : nourriture, boisson, tabac, suivant les goûts de la personne décédée, des objets qui la représentent et des sucreries. Parmi ces sucreries, les célèbres crânes en sucre décorés, calaveritas de azucar comme on les appelle ou encore le pan de muerto (pain de mort), une sorte de brioche délicieuse, censée figurer le corps, que l’on ne trouve qu’à la période de la fête des morts.

 

Métissages

IMGP3003Mais d’où viennent ces sucreries qui semblent pour le moins macabres à nos yeux de petits Européens ébahis ? Encore une fois, elles sont le fruit des métissages et du choc des deux cultures qui se sont rencontrées il y a cinq cent ans. En effet, coïncidence du calendrier, les Mexicas (anciens novembre on célèbre la Toussaint, la fête de tous les saints Aztèques) célébraient les morts à cette même période de l’année. Il était habituel de conserver le crâne des défunts, notamment des sacrifiés et parfois même (et ça c’est quand on était vraiment en forme) de mordre leur cœur. Les Espagnols sont arrivés tout de lumière auréolés et forts de leur bonne foi catholique pour évangéliser ces sauvages sanguinaires et bim, ils ont interdit ces pratiques ! Plus moyen de s’amuser, qui a dit qu’en Espagne on aimait faire la fête ? Mais les peuples indigènes au Mexique ont toujours réussi à continuer à vivre leurs coutumes, de façon détournée quand cela a été nécessaire. C’est la source de ce qu’on appelle le syncrétisme, une collusion des religions souvent polythéistes précolombiennes et de la religion catholique des Espagnols qui produit un mélange parfois étonnant pour qui n’est pas habitué. S’y mélangent ainsi sans aucune gêne des rituels qui seraient qualifiés de païens et des cérémonies catholiques. Ces rituels en sont un exemple caractéristique. Les crânes se sont transformés en sucreries colorées et le cœur palpitant en une délicieuse brioche. La symbolique, elle est restée, l’ensemble étant le fruit d’une culture contrastée et métissée, la culture mexicaine.

Un pied de nez à la flaca

IMGP8794Ainsi, l’idée de la mort semble moquée au Mexique, dédramatisée. Il y a quelques semaines, j’étais à Real de Catorce dans le cimetière et les centaines de pèlerins qui étaient là pour honorer Saint François d’Assise ou Panchito pour les copains, se promenaient entre les tombes, les enjambaient, marchaient dessus, les enfants jouaient à cache-cache dans le cimetière, certains se prenaient en photo, pourtant jamais on ne sentait un manque de respect, jamais ce n’était choquant. Il est juste normal de cohabiter avec les défunts. Bien entendu les Mexicains pleurent leurs être chers disparus comme chacun de nous, on remarque même une certaine mélancolie dans toutes ces célébrations de la fête des morts, mais en riant, en caricaturant, c’est la mort que l’on moque, la flaca (littéralement la maigre, la grande faucheuse) que l’on défie, car riche ou pauvre, beau ou laid, le jour venu, elle sera là, alors il faut vivre sa vie pleinement !

Alors si vous êtes au Mexique en ce moment, ne loupez pas cette occasion de vivre une tradition qui est loin d’être du folklore, et surtout, dévorez vite un pan de muerto !

Feliz día de muertos amigos

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La touriste du groupe, traductrice le jour, passionnée du Mexique la nuit (et le jour, et à temps complet). Contaminée à 16 ans par le virus Mexique, ma passion ne s'estompe pas, et même au contraire. Ayant sillonné pas mal de routes du pays, je vous propose une rubrique sur le tourisme au Mexique, pour donner des idées aux expats pour le weekend ou pour ceux qui comme moi sont en France et ont envie de visiter cette terre de surprises. Pour en savoir plus sur mes aventures rejoignez moi sur http://mexicaddit.over-blog.com

Author: Mexicaddict

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1 Comment

  1. Lu avec grand plaisir! Très sympa la fête des morts! Et j’adore les petits os en sucre!

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